La nouvelle ligne Genève–Lausanne inaugurée en 2055 !
Et si la nouvelle ligne ferroviaire entre Genève et Lausanne était inaugurée en 2055 ? L'échéance peut sembler ambitieuse. Pourtant, elle pourrait devenir envisageable, à condition que la Suisse fasse rapidement les choix politiques nécessaires et qu'elle adopte une nouvelle approche en matière de gouvernance et de financement.

L'histoire nous offre un précédent particulièrement parlant : celui des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA). Les Suisses ont accepté ce projet historique en votation populaire en 1992. La société AlpTransit Gotthard SA a ensuite été créée pour piloter sa réalisation. Quinze ans plus tard, le tunnel de base du Lötschberg était inauguré, puis le tunnel de base du Saint-Gothard en 2016 et enfin celui du Ceneri en 2020. Entre la décision populaire et l'achèvement du projet vingt-huit ans se sont écoulées.
Si un référendum lançant la nouvelle ligne Genève–Lausanne était organisé dès 2027, une mise en service aux alentours de 2055 pourrait donc être envisageable, moyennant un délai de réalisation identique. Rien ne garantit qu'un tel calendrier puisse être tenu, mais l'expérience des NLFA démontre qu'une vision à long terme, soutenue par le peuple, peut permettre de réaliser des infrastructures qui paraissaient impossibles quelques années auparavant.
Cette démarche présenterait également un avantage politique majeur. Aujourd'hui, les cantons de Suisse occidentale restent minoritaires au Parlement fédéral. Les grands projets portés par la région peuvent ainsi être ralentis, reportés ou redimensionnés au fil des débats parlementaires. Une légitimation populaire obtenue par référendum donnerait au projet une force politique bien supérieure et réduirait considérablement le risque de blocage institutionnel. Comme les NLFA en leur temps, la nouvelle ligne ne serait plus seulement un projet régional, mais un choix assumé par l'ensemble du pays.
Le principal défi reste toutefois celui du financement. Le coût d'une nouvelle ligne dépasse largement les capacités actuelles du Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF), déjà fortement sollicité par les nombreux projets en cours. Sans évolution des mécanismes de financement, cette infrastructure risque de demeurer longtemps à l'état de projet.
C'est pourquoi il serait pertinent d'étudier un nouveau modèle de financement, inspiré des grands projets. Une société dédiée, sur le modèle d'AlpTransit Gotthard SA, pourrait être créée afin de porter le projet. La réalisation des ouvrages pourrait, elle aussi, faire l'objet d'un partenariat public-privé (PPP) avec de grands groupes européens spécialisés dans les infrastructures ferroviaires. L'objectif serait de mobiliser rapidement les compétences industrielles, de sécuriser les financements nécessaires et, si les conditions sont réunies, d'accélérer la réalisation du projet. Bien entendu, un tel modèle devrait être soigneusement encadré afin de préserver l'intérêt public, la maîtrise des coûts et les exigences de qualité.
Mais surtout, il convient de dépasser la seule vision d'une liaison Genève–Lausanne. L'avenir réside dans un grand corridor Lyon – Genève – Lausanne – Berne – Zurich – Munich.

Une telle approche offrirait plusieurs avantages majeurs.
Elle créerait d'abord une véritable redondance sur le réseau ferroviaire suisse. Aujourd'hui, le moindre incident entre Genève et Lausanne perturbe une grande partie du trafic national. Une nouvelle ligne renforcerait considérablement la résilience de l'ensemble du réseau.
Ensuite, il ne s'agirait plus d'un projet essentiellement romand, mais d'un projet fédérateur, profitable à l'ensemble du Plateau suisse. Les bénéfices en matière de capacité, de ponctualité et de fiabilité concerneraient aussi bien la Suisse romande que la Suisse alémanique, les voyageurs comme le fret.
Enfin, ce corridor permettrait de raccorder pleinement la Suisse au réseau transeuropéen de transport (RTE-T / TEN-T). En reliant Lyon à Munich via Genève, Lausanne, Berne et Zurich, la Suisse renforcerait sa position de carrefour ferroviaire européen. Cette vision donnerait au projet une dimension internationale, susceptible de favoriser des coopérations et des financements dépassant le seul cadre national.
L'expérience des NLFA montre qu'aucune infrastructure majeure ne se construit en quelques années. Elle démontre en revanche qu'une vision claire, un soutien populaire, une gouvernance adaptée et un financement innovant permettent de transformer une ambition en réalité.
Si la Suisse souhaite voir circuler les premiers trains sur une nouvelle ligne Genève–Lausanne aux alentours de 2055, c'est aujourd'hui qu'elle doit ouvrir le débat. Car plus nous attendons, plus cette échéance s'éloigne.




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