Les mobilités : créatrices d’emplois au sein du Grand Genève
- 31 mars
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Récemment, la presse s’est fait le relais d’une grève survenue à l’atelier TER / Léman Express d’Annemasse. Les cheminots du technicentre chargé de la maintenance des trains du Léman Express, ainsi que les syndicats CGT et Sud Rail, dénonçaient un manque chronique de personnel dans l’atelier depuis plus d’un an. Des discussions ont depuis eu lieu avec la direction afin de trouver des solutions à cette situation.
Les rames du Léman Express exploitées par les CFF sont entretenues au centre de maintenance de Genève. Celles exploitées par la SNCF sont entretenues en partie à Annemasse, mais également dans d’autres technicentres de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Des infrastructures bientôt insuffisantes ?
Avec le développement du réseau, ces infrastructures seront-elles suffisantes ? Probablement pas. Dans la plupart des cas, un centre de maintenance n’entretient pas plusieurs types de matériel roulant. Cela impliquerait en effet de disposer d’un stock important de pièces détachées et de former le personnel à plusieurs types de véhicules, ce qui complexifie la gestion et augmente les coûts.
Les capacités actuelles ne permettront donc probablement pas d’assurer l’entretien de l’ensemble du matériel roulant nécessaire à l’horizon 2050.
Valserhône : une emprise ferroviaire à valoriser
La gare de Valserhône, anciennement Bellegarde-sur-Valserine, bénéficie d’importantes emprises foncières ferroviaires toujours propriété de SNCF Réseau.
En 2023, l’association LEX 2050 avait organisé une rencontre avec la précédente municipalité ainsi qu’avec les équipes techniques de la Région afin de proposer que ce site soit utilisé comme technicentre pour le matériel TER régional.
Idéalement situé entre Genève et Lyon, au cœur du futur Service Express Régional Métropolitain (SERM) du Genevois français, cet espace pourrait à terme accueillir un centre d’entretien lourd complémentaire de celui d’Annemasse. Près de 200 personnes pourraient y travailler à l’entretien du matériel roulant.
Ce nouveau centre d’entretien pourrait par ailleurs s’intégrer dans un projet urbain plus large comprenant commerces et services, contribuant ainsi à renforcer l’attractivité et le dynamisme de la ville.

Pays de Gex : au cœur du réseau
Le Pays de Gex pourrait également tirer un bénéfice important de son intégration au réseau du Léman Express.
Une telle intégration permettrait d’apporter une réponse structurelle à une partie des problèmes de mobilité du territoire. Pour rappel, 60 % des actifs du Pays de Gex sont frontaliers et 85 % des déplacements s’effectuent en transport individuel motorisé.
La réouverture de la ligne du Piémont avec une flotte de tram-trains nécessiterait également la création d’un centre de maintenance adapté. Celui-ci pourrait être implanté au sein de la zone artisanale de l’Allondon.
Pour assurer l’entretien des 24 tram-trains nécessaires à une exploitation cadencée à l’heure entre Nyon et Valserhône (T1) et à la demi-heure entre Nyon et Gex (T2), il faudrait mobiliser entre 40 et 50 agents techniques. En incluant les fonctions administratives et de support, l’effectif total pourrait atteindre entre 80 et 100 personnes.

ZIMEYSA : futur centre d’entretien du métro genevois
Deux sites sont actuellement envisagés pour accueillir le centre d’entretien des futures rames du train léger Jura-Léman-Salève, communément appelé « métro ».
Les zones industrielles de Meyrin-Satigny (ZIMEYSA) et de Plan-les-Ouates (ZIPLO) apparaissent aujourd’hui comme les principales options.

Dans les deux cas, le dimensionnement du dépôt dépendra fortement de plusieurs paramètres : l’ouverture éventuelle de cette infrastructure au réseau français, ainsi que son prolongement potentiel vers Gex, Thoiry, Vulbens ou Annemasse. Autant d’hypothèses qui complexifient l’évaluation de la taille de la flotte et, par conséquent, des infrastructures nécessaires à l’entretien du matériel roulant.
Néanmoins, si l’objectif de fréquentation de 160 000 voyageurs par jour, et à terme près de 300 000, est atteint, plusieurs centaines d’emplois directs et indirects pourraient être créés.
Conclusion
Le développement des mobilités ferroviaires et des transports collectifs dans le Grand Genève ne constitue pas uniquement une réponse aux enjeux de congestion et de transition écologique. Il représente également un levier important de développement économique et de création d’emplois sur l’ensemble du territoire transfrontalier.
La mise en service de nouvelles infrastructures, l’augmentation du nombre de trains en circulation et l’émergence de nouveaux systèmes de transport impliquent en effet la création de centres de maintenance, d’activités logistiques et de fonctions d’exploitation nécessitant une main-d’œuvre qualifiée. Ces infrastructures peuvent ainsi devenir de véritables pôles d’activité, générant à la fois des emplois directs — techniciens, ingénieurs, agents d’exploitation — et des emplois indirects dans les services, la formation ou encore l’aménagement urbain.
Dans cette perspective, des territoires comme Valserhône ou le Pays de Gex disposent d’opportunités réelles pour s’inscrire dans cette dynamique. Leur position stratégique au sein du futur réseau métropolitain élargi pourrait permettre d’y développer des infrastructures techniques complémentaires à celles déjà existantes, contribuant ainsi à un meilleur équilibre territorial.
Toutefois, pour que ces perspectives se concrétisent pleinement, une coordination étroite entre les acteurs français et suisses sera indispensable. L’enjeu sera notamment d’éviter une concentration excessive des activités côté suisse qui pourrait fragiliser les initiatives et les investissements côté français. Une approche concertée et équilibrée permettra au contraire de faire du développement des mobilités un moteur partagé de croissance et d’emploi pour l’ensemble du Grand Genève.





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