Visite ministérielle à bord du Léman Express : beaucoup de symboles, mais peu d’annonces concrètes
- il y a 5 heures
- 5 min de lecture
La visite de Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, à bord du Léman Express aurait pu être l’occasion de franchir une nouvelle étape dans la construction d’une véritable stratégie ferroviaire franco-genevoise. Elle aura finalement surtout été symbolique.

Le ministre a salué le succès du Léman Express, présenté comme un modèle pour les futurs Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) que la France souhaite développer dans plusieurs grandes agglomérations. Une reconnaissance bienvenue pour ce projet transfrontalier unique en Europe, qui démontre qu’une offre ferroviaire intégrée peut répondre aux besoins d’une métropole dépassant les frontières nationales.
Mais derrière cette réussite, il convient de rappeler une réalité souvent oubliée : le développement du Léman Express repose largement sur les investissements suisses.
Ce sont notamment les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) qui portent l’effort principal pour augmenter l’offre, avec la commande de 25 nouvelles rames à deux niveaux destinées au trafic régional, ainsi que des options pour 75 unités supplémentaires. Ces investissements sont indispensables pour accompagner la croissance démographique et économique du Grand Genève.

De la même manière, le financement de l’exploitation du Léman Express reste marqué par un déséquilibre. Sur la liaison entre Annemasse et Genève, le canton de Genève assume une part importante du déficit d’exploitation, alors même que la partie française bénéficie largement des retombées économiques du réseau. Cette situation illustre une réalité : les ambitions métropolitaines du Grand Genève dépassent parfois les capacités financières des collectivités françaises concernées.
Des extensions rapides et peu coûteuses encore en attente
Alors que certains développements pourraient être réalisés rapidement et pour des montants relativement limités, les priorités semblent encore difficiles à aligner.
C’est notamment le cas des prolongements du Léman Express vers Culoz et Nurieux-Volognat. L’étude réalisée pour LEX 2050 a montré qu’une extension de ce type représenterait un investissement de l’ordre de 40 millions d’euros, pour un potentiel pouvant atteindre jusqu’à 64 000 voyageurs quotidiens à terme.
À titre de comparaison, le BHNS Gex–Genève, récemment mis en service, représente un investissement d’environ 44 millions d’euros TTC pour améliorer une liaison routière transfrontalière entre le Pays de Gex et Genève. Ce projet était nécessaire et répond à un besoin réel, mais la comparaison interroge : pour un ordre de grandeur financier similaire, une extension ferroviaire pourrait offrir une capacité, une vitesse commerciale et une attractivité nettement supérieures, tout en s’appuyant sur une infrastructure existante.
Cette différence illustre un paradoxe du Grand Genève : certains projets ferroviaires structurants, capables de transformer durablement les habitudes de mobilité, restent bloqués alors que des investissements comparables sont engagés dans des solutions de capacité plus limitée.
Ces extensions permettraient pourtant de répondre à une problématique majeure : les axes routiers départementaux de l’Ain parallèles aux lignes ferroviaires concernées figurent parmi les plus congestionnés du territoire. Le Grand Genève constitue aujourd’hui le deuxième pôle économique de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il est donc paradoxal que les infrastructures ferroviaires permettant de relier ce bassin d’emploi aux territoires voisins ne soient pas davantage prioritaires.

Jura-Léman-Salève : une opportunité à saisir
Dans ce contexte, le projet Jura-Léman-Salève apparaît comme une perspective intéressante. Le tracé semble désormais se préciser sur la partie genevoise, mais les acteurs français restent encore relativement discrets sur ce projet structurant.
Une opportunité pourrait toutefois émerger avec les futures orientations de la Société des grands projets, attendues d’ici la fin de l’année. Une prise en compte de cette liaison pourrait permettre d’inscrire le Grand Genève dans une vision d’aménagement plus large, à l’échelle d’une véritable métropole transfrontalière.

Le logement : une réalité plus complexe qu’un simple manque de construction
Lors de son déplacement, Jean-Noël Barrot a également insisté sur la nécessité pour Genève, qu’il a qualifiée de « capitale de la Suisse », de construire davantage de logements.
Cette question est évidemment centrale pour l’équilibre du Grand Genève. Mais il convient de rappeler que Genève n’est pas immobile. Plusieurs projets d’envergure sont déjà engagés, notamment le Praille-Acacias-Vernets (PAV), l’un des plus grands projets de transformation urbaine d’Europe.
Sur près de 230 hectares, le PAV prévoit notamment :
9 nouveaux quartiers sur les communes de Genève, Carouge et Lancy ;
environ 12 000 nouveaux logements ;
près de 5 700 nouveaux emplois ;
plus de 25 kilomètres de pistes cyclables ;
2,5 kilomètres de cours d’eau renaturés.
Le développement des Cherpines constitue également un projet majeur :
58 hectares de superficie ;
environ 3 700 à 3 800 logements ;
près de 10 000 habitants à terme ;
environ 2 500 emplois.
Ces projets montrent que Genève investit dans son développement urbain. La question n’est donc pas uniquement celle du nombre de logements construits, mais aussi celle de la capacité de l’ensemble du bassin transfrontalier à organiser son développement autour des transports collectifs.

Le ferroviaire comme réponse aux défis climatiques
Enfin, alors que la députée de Haute-Savoie Virginie Duby-Muller dénonçait hier encore une forme « d’ingérence » des responsables suisses lorsqu’ils s’opposaient au projet autoroutier A412, le contexte climatique actuel invite à reconsidérer les priorités.
Alors que la région traverse sa quatrième période de forte chaleur de l’année, il apparaît plus que jamais nécessaire de privilégier les solutions permettant de réduire la dépendance automobile.
Sur ce point, force est de constater que la Suisse, le canton de Genève et les CFF apparaissent aujourd’hui comme les moteurs les plus constants du développement ferroviaire régional.
Le Léman Express est une réussite. Mais son véritable potentiel ne sera atteint que si l’ensemble des partenaires français et suisses partagent une même ambition : construire une métropole transfrontalière cohérente, où le ferroviaire devient l’ossature du développement territorial.
La visite ministérielle aura permis de rappeler l’importance du projet. Il reste désormais à passer des discours aux actes.




Commentaires