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Genève–Lausanne en 12 minutes : le retour des grandes ambitions ferroviaires suisses ?

  • il y a 9 minutes
  • 3 min de lecture

Et si Genève et Lausanne n’étaient plus qu’à douze minutes l’une de l’autre ? Cette idée, qui peut sembler aujourd’hui relever de la science-fiction, a pourtant déjà été imaginée en Suisse il y a plus de trente ans. Dans les années 1990, le projet Swissmetro ambitionnait de révolutionner les déplacements longue distance grâce à un train circulant dans un tunnel sous vide partiel, à très grande vitesse.


Le concept était spectaculaire : relier les principales villes suisses par un réseau souterrain où des capsules transporteraient les voyageurs à plus de 500 km/h. Genève–Lausanne aurait ainsi pu être parcouru en une douzaine de minutes, contre environ 35 minutes aujourd’hui avec les trains les plus rapides. Berne aurait été accessible depuis Zurich en quelques minutes, et les distances entre les grands pôles urbains suisses auraient été profondément transformées.


Mais malgré son caractère visionnaire, Swissmetro n’a jamais dépassé le stade des études. Les coûts d’investissement étaient considérables, les technologies encore immatures et les besoins de financement trop importants pour un pays qui venait déjà d’engager de grands projets ferroviaires comme Rail 2000 et les premiers tunnels alpins. Le projet fut progressivement abandonné au début des années 2000.


Swissmetro, une idée révolutionnaire qui aurait transformé durablement la Suisse en une grande métropole.
Swissmetro, une idée révolutionnaire qui aurait transformé durablement la Suisse en une grande métropole.

Une idée qui revient dans un monde différent

Trente ans plus tard, les technologies qui semblaient futuristes dans les années 1990 reviennent sur le devant de la scène. La hausse des besoins de mobilité, la saturation des infrastructures existantes et la nécessité de réduire les émissions liées aux transports poussent à nouveau les ingénieurs à imaginer de nouvelles solutions.


En Suisse, l’association et les projets autour de EPFLoop et Swisspod ont notamment remis en lumière le concept de transport par capsules à très grande vitesse inspiré de l’Hyperloop. Des étudiants et ingénieurs suisses développent des prototypes visant à démontrer la faisabilité de nouvelles formes de mobilité combinant sustentation magnétique, propulsion électrique et environnement à faible résistance.


Les maquettes de Swisspod qui remettent le concept de Swissmetro au goût du jour. Illustration Swisspod.
Les maquettes de Swisspod qui remettent le concept de Swissmetro au goût du jour. Illustration Swisspod.

L’objectif n’est plus forcément de reproduire exactement Swissmetro, mais d’explorer de nouvelles façons de déplacer rapidement des personnes et des marchandises.


Des technologies déjà expérimentées ailleurs

La grande vitesse par sustentation magnétique n’est plus uniquement une hypothèse théorique. Le meilleur exemple est le Transrapid de Shanghai, mis en service en 2004 entre l’aéroport de Pudong et le centre-ville.


Le Transrapid de Shanghai repose sur une technologie allemande. Illustration Wikipédia.
Le Transrapid de Shanghai repose sur une technologie allemande. Illustration Wikipédia.

Ce train atteint une vitesse commerciale d’environ 430 km/h et peut parcourir les 30 kilomètres du trajet en moins de huit minutes. Cette technologie repose sur le système allemand Transrapid, développé pendant plusieurs décennies en Allemagne avant d’être finalement abandonné sur son propre territoire pour des raisons économiques et politiques.

L’exemple de Shanghai montre une réalité parfois paradoxale : certaines technologies développées en Europe trouvent leur première application commerciale ailleurs.


Le transport de marchandises sous terre : une autre révolution silencieuse

La Suisse explore également une autre idée ambitieuse : le transport automatique de marchandises en souterrain.


Le projet Cargo sous terrain (CST) propose de créer un réseau logistique souterrain reliant les grands centres économiques suisses. Des véhicules autonomes circuleraient dans des tunnels dédiés afin de transporter des marchandises entre plateformes logistiques, libérant ainsi de l’espace sur les routes et réduisant les nuisances en surface.


Là encore, la Suisse cherche à répondre à un problème concret : comment maintenir une économie performante tout en limitant l’augmentation du trafic routier.


Cargo sous terrain (CST) permettrait de répondre à la congestion du trafic routier tout en offrant une alternative décarbonée au transport de marchandises. Illustration CST
Cargo sous terrain (CST) permettrait de répondre à la congestion du trafic routier tout en offrant une alternative décarbonée au transport de marchandises. Illustration CST

Le paradoxe suisse : championne de l’innovation, mais difficulté à concrétiser

La Suisse figure régulièrement parmi les pays les plus innovants au monde. Ses universités, ses entreprises, ses centres de recherche et son tissu industriel produisent des idées souvent en avance sur leur temps.


Mais le passage de l’idée au projet réalisé reste parfois difficile.


Swissmetro, Cargo sous terrain, certaines visions de Rail 2050 ou encore plusieurs projets d’infrastructures montrent un même défi : avoir une grande idée ne suffit pas. Il faut ensuite une volonté politique, un modèle économique solide et une capacité à prendre des décisions sur plusieurs décennies.


La Suisse a démontré qu’elle savait construire des infrastructures exceptionnelles : les tunnels de base du Lötschberg et du Gothard en sont des exemples remarquables. La question est désormais de savoir si elle saura également concrétiser les projets qui façonneront la mobilité de la seconde moitié du XXIᵉ siècle.


Car Genève–Lausanne en 12 minutes reste peut-être aujourd’hui une vision futuriste. Mais l’histoire montre que les grandes transformations commencent souvent par des idées qui paraissent impossibles.

 
 
 
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