top of page
Rechercher

Mobilité transfrontalière et vision territoriale : les enseignements de l’assemblée trimestrielle de LEX 2050

  • 28 mai
  • 4 min de lecture

Le 18 mai 2026, l’association LEX 2050 a tenu son assemblée trimestrielle à la Maison internationale des associations de Genève. Cette rencontre a permis de dresser un état des lieux des projets suivis par l’association et d’ouvrir une réflexion approfondie sur les enjeux de mobilité du Grand Genève.


Dans un contexte de forte croissance démographique et d’intensification des flux transfrontaliers, les échanges ont mis en évidence la nécessité de repenser les infrastructures de transport à l’échelle métropolitaine, en privilégiant une approche systémique et multimodale.


Une association à vocation technique et prospective


En préambule, Alain Mayaud, spécialiste en systèmes ferroviaires et diplômé de la Haute École d’Ingénierie et d’Architecture de Fribourg (HEIA-FR), président fondateur de l’association, revient sur la genèse du projet LEX 2050 : créée en France en 2023 puis en Suisse en 2024, LEX 2050 se définit comme une structure apolitique et à but non lucratif. Son ambition est de contribuer à la réflexion sur les mobilités futures sans se substituer aux autorités publiques, en adoptant une posture essentiellement technique et analytique.


Ainsi, depuis 2023, l’association a permis :


  • d’inscrire le site de Valserhône au sein du schéma de développement des centres d’entretien de la région Auvergne-Rhône-Alpes ;

  • de commander, piloter et financer une étude portant sur le prolongement du Léman Express dans le département de l’Ain, de Valserhône à Culoz et Nurieux-Volognat ;

  • de proposer un schéma de développement du réseau de tramway, de trains régionaux et de dessertes internationales au sein du Grand Genève, ambitieux mais techniquement réalisable.


Le site de Valserhône aujourd'hui, en haut, composé d'une friche ferroviaire au centre de la localité. En bas, la vision de LEX 2050 comprenant un centre d'entretien TER de la région Auvergne-Rhône-Alpes créant des emplois qualifiés, des habitations, des commerces et des centres de loisirs à proximité d'un pôle de mobilité.
Le site de Valserhône aujourd'hui, en haut, composé d'une friche ferroviaire au centre de la localité. En bas, la vision de LEX 2050 comprenant un centre d'entretien TER de la région Auvergne-Rhône-Alpes créant des emplois qualifiés, des habitations, des commerces et des centres de loisirs à proximité d'un pôle de mobilité.

Cette approche prospective illustre une volonté de penser les réseaux de mobilité comme des leviers d’aménagement territorial et de cohésion régionale.


Les défis structurels de la mobilité dans le Grand Genève


L’intervention de Sébastien Munafò a constitué l’un des temps forts de la séance. Son analyse a rappelé les spécificités du territoire genevois, marqué simultanément par une forte densité urbaine et une importante dépendance automobile.


Présentation de Sébastien Munafò, directeur de 6t bureau de cherches à Genève.
Présentation de Sébastien Munafò, directeur de 6t bureau de cherches à Genève.

Selon cette présentation, la mobilité du Grand Genève se caractérise par une double dépendance :


  • une dépendance économique entre les zones périphériques et le centre urbain ;

  • une dépendance fonctionnelle à l’automobile pour une grande partie des déplacements quotidiens.

Schéma de 6t bureau de recherches illustrant la dépendance économique entre les zones périphériques et le centre urbain, à gauche, et la dépendance fonctionnelle à l’automobile pour une grande partie des déplacements quotidiens, à droite.
Schéma de 6t bureau de recherches illustrant la dépendance économique entre les zones périphériques et le centre urbain, à gauche, et la dépendance fonctionnelle à l’automobile pour une grande partie des déplacements quotidiens, à droite.

Si les déplacements pendulaires représentent environ 22 % des trajets, l’accent a été mis sur la nécessité d’agir également sur les mobilités de loisirs et de proximité. Cette orientation apparaît essentielle dans une perspective de décarbonation des transports.


Trois leviers complémentaires ont été identifiés comme déterminants :


  1. Le territoire, à travers la planification urbaine et la structuration des pôles ;

  2. La demande, par l’évolution des comportements et les mécanismes de signal-prix ;

  3. L’offre, grâce à des infrastructures ambitieuses capables de générer de nouveaux usages.


Cette lecture systémique confirme que la transition des mobilités ne peut reposer uniquement sur l’amélioration de l’offre de transport, mais nécessite une articulation étroite entre urbanisme, économie et politiques publiques.


Le rôle structurant du ferroviaire régional


Les discussions ont particulièrement insisté sur la dimension stratégique du ferroviaire dans l’organisation future des mobilités transfrontalières.


Plusieurs corridors ont été identifiés comme prioritaires :


  • Genève–Gex ;

  • Genève–Saint-Genis–Thoiry ;

  • Nyon–Divonne–Gex–Saint-Genis–Valserhône.


Les quatre différents corridors à développer selon 6t bureau de recherches.
Les quatre différents corridors à développer selon 6t bureau de recherches.

Dans cette perspective, la ligne du Piémont du Jura apparaît comme un projet structurant complémentaire au réseau radial du Léman Express. Son rôle de rocade tangentielle pourrait contribuer à une meilleure interconnexion des pôles périphériques sans concentration systématique des flux vers le centre genevois.


La gare de Gare de Nyon a également été présentée comme un futur nœud stratégique, à l’interface entre les réseaux suisses, français et transfrontaliers.


Les intervenants ont par ailleurs souligné l’importance de préserver les emprises foncières ferroviaires existantes afin de garantir la faisabilité de futurs développements d’infrastructures.


Une dynamique associative en recomposition


Au-delà des enjeux de mobilité, l’assemblée a également été marquée par plusieurs annonces importantes concernant l’évolution interne de l’association.


Alain Mayaud a annoncé sa démission de la présidence afin de clarifier les rôles institutionnels et prévenir d’éventuels conflits d’intérêt, tout en confirmant son maintien au sein des activités de l’association.


Parallèlement, un rapprochement entre LEX 2050 et AlpRail est actuellement à l’étude. Les deux structures considèrent leurs missions comme fortement complémentaires, notamment pour renforcer leur capacité d’influence dans les débats relatifs aux infrastructures ferroviaires régionales.


Cette évolution pourrait contribuer à structurer davantage le plaidoyer en faveur d’une vision intégrée des mobilités alpines et transfrontalières.


Vers une gouvernance territoriale des mobilités


Les échanges de cette assemblée illustrent une tendance de fond : les enjeux de mobilité ne relèvent plus uniquement de la gestion des transports, mais participent pleinement à la gouvernance territoriale des métropoles transfrontalières.


Dans le cas du Grand Genève, la croissance des flux et la fragmentation institutionnelle rendent indispensable une coordination accrue entre acteurs publics, experts techniques et société civile organisée.


Les réflexions portées par LEX2050 témoignent ainsi de l’émergence d’une approche intégrée, où infrastructures, urbanisme et transition écologique sont désormais pensés de manière interdépendante.

 

 
 
 

Commentaires


bottom of page