Episode 7 : un tram-train entre Divonne-les-Bains et Nyon pour boucler la tangentielle Nyon – Valserhône
- 8 mai
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Au nord du canton de Genève, on trouve encore certaines reliques de la ligne Valserhône – Divonne-les-Bains. Peu le savent, mais autrefois, la ligne de chemin de fer n’avait pas son terminus au sein de la ville thermale, mais au bord du lac Léman. En effet, en 1905 est inaugurée la ligne entre Divonne-les-Bains et Nyon. Cette ligne connaît une activité modeste jusqu’en 1962, date à laquelle le dernier aller-retour est effectué entre Nyon et la douane de Crassier. La ligne est ensuite sacrifiée sur l’autel de la construction de l’autoroute A1 entre Genève et Lausanne.

Aujourd’hui, des voies subsistent entre Eysins et Nyon. Elles sont utilisées pour le trafic de marchandises. À l’autre extrémité de la ligne, à Divonne-les-Bains, l’emprise ferroviaire a été cédée à la municipalité afin de permettre la réalisation d’un nouveau quartier en plein centre-ville et d’effacer la coupure urbaine qui a divisé la ville pendant plusieurs décennies.
La ligne entre Divonne-les-Bains et Nyon ne fait partie d’aucune des études précédemment menées. En effet, elle n’est incluse ni dans l’étude de SMA und Partner AG de 2011, ni dans celle de Pays de Gex Agglo de 2020.

Le manque d’emprise ferroviaire complique la réouverture de cette infrastructure. Néanmoins, des solutions existent, même pour les zones les plus contraintes :
De Nyon à Eysins, l’emprise est préservée et pourrait être entièrement réutilisée ;
D’Eysins à Crassier, une voie unique construite en accotement de la route suffirait pour garantir une circulation toutes les demi-heures dans chaque sens ;
À Crassier, les routes de Nyon, de l’Ancienne Scierie, de la Tour et de Genève seraient modifiées en sens unique. La route de Nyon accueillerait alors, sur une moitié de la voirie, le tram-train ;
De Crassier à Divonne-les-Bains, l’emprise ferroviaire existe toujours au sud de la route de René Vidart ;
À Divonne-les-Bains, la nouvelle ligne emprunterait un tracé plus au sud que la ligne historique, le long de l’avenue du Pont des Îles, de l’avenue des Alpes, de l’avenue du Salève et du boulevard des Épinettes. La largeur des voiries permettrait de conserver une voie de circulation dans chaque sens, en plus d’une double voie ferroviaire.


Ce projet, dimensionné par l’association LEX 2050 à l’aide de l’outil open source Netzgrafik, serait construit sur le modèle du tram-train. Cette solution permettrait d’implanter la voie sur la voirie là où cela est nécessaire, tout en garantissant une capacité de transport élevée et un coût d’exploitation maîtrisé.


Afin d’estimer le coût de l’infrastructure, l’association s’est basée sur plusieurs projets similaires, notamment le tramway des Nations, ainsi que sur le projet de tram-train de l’Ouest lyonnais, en tenant compte de l’inflation. En combinant ces données, le coût du raccordement entre Nyon et Divonne-les-Bains s’élèverait à environ 175 millions d’euros.
Bien que ce chiffre puisse paraître élevé, il doit être mis en perspective avec deux éléments :
En 2025, le canton de Genève a versé à la France environ 417 millions de francs suisses au titre de la compensation financière genevoise (CFG). Pour rappel, cette compensation correspond à environ 3,5 % de la masse salariale des travailleurs frontaliers et sert à financer les infrastructures et services publics en Haute-Savoie et dans l’Ain ;
Par ailleurs, entre 2026 et 2032, le Grand Genève prévoit environ 192 millions d’euros d’investissements en France pour des projets transfrontaliers. En 2026, une première enveloppe d’environ 40 millions de francs suisses est engagée. Ces financements concernent principalement la mobilité, l’environnement et les infrastructures publiques, avec pour objectif d’améliorer les déplacements des frontaliers et de renforcer la coopération franco-suisse.

Si elle était réalisée, cette infrastructure verrait circuler deux services de tram-train :
La ligne T1 de Nyon à Valserhône ;
La ligne T2 de Nyon à Gex, offrant une cadence plus élevée afin de proposer une alternative aux milliers de pendulaires.

Ces rames légères présentent plusieurs avantages : elles permettent de desservir un territoire en partie rural de manière économique, tout en offrant une capacité élevée sur les sections les plus fréquentées, notamment entre Gex et Divonne-les-Bains.

L’association LEX 2050 travaille actuellement sur une nouvelle étude avec le bureau suisse RAPP AG, ainsi que le bureau de génie civil Artelia, afin de disposer d’une étude professionnelle, identique à celle réalisée en 2025. Plusieurs aspects doivent être confirmés, notamment les flux de mobilité, le dimensionnement des infrastructures et l’offre planifiable une fois cette infrastructure réouverte.
D’un montant de près de 100 000 €, cette étude pourrait être financée par le fonds Interreg, et une équipe de trois techniciens travaille actuellement à garantir le soutien d’un partenaire cantonal suisse.
La réouverture de la ligne du piémont du Jura pourrait intervenir en trois étapes :
La partie sud-ouest, de Saint-Jean-de-Gonville à Fort-l’Écluse–Collonges, dans le cadre de l’évacuation des matériaux d’excavation du nouvel accélérateur de particules du CERN ;
La partie Saint-Jean-de-Gonville / Thoiry – Gex dans le cadre du projet Jura-Léman-Salève ;
La partie Gex – Nyon.
Une réouverture complète de l’infrastructure est largement envisageable d’ici à 2050, moyennant une volonté politique de proposer des solutions adaptées aux problèmes actuels de mobilité.
La région Auvergne-Rhône-Alpes, en tant qu’autorité organisatrice de la mobilité, est compétente pour la planification de l’offre régionale. Néanmoins, dans le cadre d’une offre de tram-train, c’est Pays de Gex Agglo qui porterait la responsabilité de cette planification. Les infrastructures relèvent quant à elles de SNCF Réseau et, par conséquent, de l’État français.
Tous ces acteurs sont engagés dans le cadre du Service express régional métropolitain (SERM) franco-genevois, qui vise à renforcer l’offre ferroviaire régionale en s’appuyant sur les infrastructures existantes afin d’accroître l’offre et de favoriser le report modal. Si ce prolongement devait être retenu dans les orientations de ce programme, son financement pourrait s’inscrire dans un schéma associant plusieurs parties, dont l’État, la région, le département, l’agglomération et éventuellement des partenaires suisses.
La publication des orientations du SERM franco-genevois est attendue au cours de l’année 2026. L’association LEX 2050 demeure pleinement mobilisée en faveur de la concrétisation de ce projet, dans un contexte où la demande est déjà avérée et appelée à se renforcer sous l’effet de la périurbanisation genevoise et de l’attractivité économique de la région.




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