Et si Oyonnax était reliée directement par le train à Genève ?
Et si, demain, il était possible de rejoindre Genève depuis Oyonnax sans changer de train ?
Dans le cadre de l’étude réalisée par Citec et Artelia pour LEX 2050, nous avons étudié le prolongement du Léman Express au-delà de Valserhône, sur la ligne du Haut-Bugey. Parmi les propositions figure le prolongement de la RL5, dont le terminus actuel se situe à La Plaine, jusqu’à Nurieux-Volognat.
Cette extension permettrait de mieux connecter le Haut-Bugey au bassin genevois et d'offrir une alternative à la voiture pour les déplacements transfrontaliers.
Mais une question mérite d’être posée : pourquoi s’arrêter à Nurieux-Volognat ? Pourquoi ne pas aller jusqu’à Oyonnax ?
Sur une carte, l’idée paraît évidente. Techniquement, elle l’est beaucoup moins.

Trois obstacles à franchir :
1. Une ligne qui n’est pas électrifiée
Le premier problème concerne le matériel roulant.
Contrairement à la ligne reliant Genève à Nurieux-Volognat via Valserhône, la section Nurieux-Volognat – Oyonnax n’est pas électrifiée.
Les RABe 522 des CFF actuellement engagées sur le Léman Express sont des rames électriques et ne pourraient donc pas poursuivre leur trajet jusqu’à Oyonnax.
Il faut également prendre en considération les Régiolis, développés initialement par Alstom et désormais intégrés au portefeuille de CAF, également utilisés sur certaines relations du Léman Express. Selon leur configuration, ces trains peuvent être électriques ou bimodes. Les rames électriques ne pourraient pas davantage rejoindre Oyonnax, tandis qu'un matériel bimode adapté pourrait, lui, constituer une solution pour assurer une liaison directe.
Une desserte jusqu’à Oyonnax nécessiterait donc soit l’électrification de la ligne, soit l’utilisation d’un matériel roulant capable de circuler sous caténaire entre Genève et Nurieux-Volognat puis en traction thermique sur la section non électrifiée jusqu’à Oyonnax.
2. Une capacité ferroviaire limitée
La deuxième difficulté concerne l’exploitation de la ligne.
Entre Nurieux-Volognat et Oyonnax, l’infrastructure est à voie unique et ses caractéristiques d’exploitation et de signalisation limitent fortement le nombre de circulations pouvant être ajoutées.
Il ne suffit donc pas de prolonger sur le papier une ligne du Léman Express : il faut vérifier que l’infrastructure permette de faire circuler ces trains tout en maintenant les autres dessertes, notamment en direction de Bourg-en-Bresse.
Des adaptations de l’infrastructure et de la signalisation pourraient ainsi devenir nécessaires selon le niveau de desserte recherché.
3. Une configuration des voies qui impose un rebroussement
Un troisième obstacle apparaît à Nurieux-Volognat.
La configuration actuelle des voies ne permet pas à un train venant d’Oyonnax de poursuivre directement vers Valserhône puis Genève.
Une liaison Genève – Valserhône – Nurieux-Volognat – Oyonnax nécessiterait donc, dans la configuration actuelle, un rebroussement à Nurieux-Volognat.
Ce n’est pas rédhibitoire pour un matériel moderne réversible, mais cela augmente le temps de parcours et doit être intégré dans la conception de l’horaire.
Première solution : organiser une correspondance à Nurieux-Volognat
La solution la plus simple serait de maintenir deux services distincts.
Le Léman Express relierait Genève à Nurieux-Volognat, tandis que les voyageurs à destination d’Oyonnax utiliseraient ensuite un TER de l'axe Bourg-en-Bresse – Oyonnax.
Cette solution nécessite relativement peu de modifications de l’infrastructure. Elle suppose toutefois de proposer des correspondances fiables et attractives à Nurieux-Volognat.
Quelques minutes d’attente supplémentaires ou une correspondance manquée peuvent rapidement réduire l’attractivité du train face à la voiture.
Deuxième solution : un Léman Express jusqu’à Oyonnax
Une autre possibilité pourrait être étudiée dans le cadre du SERM franco-genevois.
Avant de parler d’infrastructure ou de matériel roulant, une première question doit être posée : existe-t-il une demande suffisante entre le bassin d’Oyonnax, le Haut-Bugey, Valserhône et le Grand Genève ?
Si les études de mobilité démontraient un potentiel suffisant, une liaison directe pourrait être envisagée avec un matériel bimode électrique/thermique, par exemple de la famille Régiolis.
Le train pourrait circuler en traction électrique entre Genève et Nurieux-Volognat, puis poursuivre sur la section non électrifiée jusqu’à Oyonnax.
Le rebroussement nécessaire à Nurieux-Volognat resterait toutefois à intégrer dans l'horaire.
Et pourquoi pas deux destinations avec un même train ?
Une organisation plus ambitieuse pourrait également être étudiée en s’appuyant sur le principe de la coupe-accroche.
Au départ d’Oyonnax, deux rames circuleraient accouplées en unité multiple jusqu’à Nurieux-Volognat. À leur arrivée, elles seraient séparées :
➡️ la première rebrousserait et poursuivrait vers Valserhône puis Genève ;
➡️ la seconde continuerait en direction de Bourg-en-Bresse.
Dans le sens inverse, une rame en provenance de Genève et une autre en provenance de Bourg-en-Bresse se retrouveraient à Nurieux-Volognat. Après leur accouplement, elles poursuivraient ensemble jusqu’à Oyonnax.
Cette organisation permettrait ainsi d’offrir à Oyonnax deux relations directes, l’une vers Genève et le Grand Genève, l’autre vers Bourg-en-Bresse, tout en conservant une exploitation commune sur la section Oyonnax – Nurieux-Volognat.
Elle présenterait également l’intérêt de ne pas multiplier inutilement les circulations sur cette section à voie unique : deux destinations pourraient être desservies à partir d’un même sillon entre Oyonnax et Nurieux-Volognat.
Une telle exploitation serait néanmoins plus exigeante. Elle nécessiterait notamment d’étudier la compatibilité du matériel roulant, les opérations de coupe-accroche, les installations ferroviaires nécessaires à Nurieux-Volognat, la capacité de la ligne et surtout la robustesse de l’horaire.

Une question de potentiel avant d’être une question technique
LEX 2050 ne propose pas aujourd’hui de décider qu’un Léman Express doit impérativement circuler jusqu’à Oyonnax.
Nous proposons plutôt de ne pas écarter cette possibilité sans l’avoir étudiée.
Oyonnax constitue un pôle urbain et économique important du Haut-Bugey. Dans le contexte du développement du SERM franco-genevois, il serait pertinent d’évaluer les flux existants et potentiels entre ce territoire, Valserhône et le Grand Genève.
Si la demande est insuffisante, une correspondance optimisée à Nurieux-Volognat pourrait constituer la réponse la plus pertinente.
Si elle est importante, alors une liaison directe Oyonnax – Nurieux-Volognat – Valserhône – Genève mériterait d’être étudiée plus en détail.
Car le développement du Léman Express ne doit pas s’arrêter aux frontières administratives.
Il doit avant tout suivre les bassins de vie, les besoins de mobilité et les territoires qui entretiennent des relations quotidiennes avec le Grand Genève.




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