top of page
Rechercher

La réalisation du « métro » Jura-Léman-Salève compromet-elle le prolongement du tramway 18 à Saint-Genis-Pouilly ?

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Depuis plus de quinze ans, la question de la desserte lourde du Pays de Gex par les transports publics revient régulièrement dans le débat transfrontalier. Le projet de prolongement du tramway genevois jusqu’à Saint-Genis-Pouilly a longtemps été évoqué comme une solution évidente. Pourtant, il a finalement été abandonné en 2018.


Aujourd’hui, un nouveau projet d’infrastructure lourde apparaît dans la stratégie de mobilité du Grand Genève : la liaison ferroviaire souterraine dite Jura‑Léman‑Salève (JLS), souvent présentée comme un « métro » genevois.


Dans ce contexte, une question se pose : la réalisation du JLS compromet-elle définitivement l’idée d’un tramway jusqu’à Saint-Genis-Pouilly ?


Le prolongement du tramway 18 à Saint-Genis-Pouilly : une ambition abandonnée


La Ligne 18 du tramway de Genève relie aujourd’hui le centre de Genève à Meyrin et au Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). Très tôt, l’idée d’une extension vers la France voisine est apparue afin de desservir le Pays de Gex et notamment Saint‑Genis‑Pouilly.


L’idée d’un prolongement remonte à la fin des années 2000. En 2009, le Conseil fédéral suisse valide le principe d’une extension du tramway depuis le CERN vers la frontière française. L’objectif est alors d’accompagner la croissance démographique du Pays de Gex et les déplacements transfrontaliers vers Genève.


Au début des années 2010, plusieurs scénarios sont étudiés. Le projet prévoit un prolongement en deux étapes : une première extension du tramway jusqu’au secteur de la Porte de France, puis une seconde phase permettant d’atteindre le centre de Saint-Genis-Pouilly. Cette infrastructure devait constituer l’une des premières lignes de tramway transfrontalières entre la France et Genève.


Illustration de la première étape prévue pour le prolongement du tramway 18 des TPG à Porte-de-France. Illustration Conseil d'Etat.
Illustration de la première étape prévue pour le prolongement du tramway 18 des TPG à Porte-de-France. Illustration Conseil d'Etat.

Malgré l’intérêt du projet, les discussions financières deviennent progressivement plus difficiles. En 2015, le Département de l’Ain propose de prendre en charge une partie importante du financement afin de relancer le dossier. Les négociations entre partenaires français et suisses restent cependant complexes, notamment en raison du coût de l’infrastructure et des priorités divergentes de part et d’autre de la frontière.


À partir de 2017, les incertitudes politiques et budgétaires s’accumulent. Le projet apparaît de plus en plus fragile, tandis que d’autres investissements de transport sont privilégiés dans l’agglomération genevoise.


Finalement, en septembre 2018, les autorités décident d’abandonner officiellement l’extension du tramway vers Saint-Genis-Pouilly. Le projet est remplacé par la mise en place d’un bus à haut niveau de service entre le CERN et la commune française, une solution jugée plus rapide et moins coûteuse à mettre en œuvre.


Le projet Jura-Léman-Salève : vers un « métro » genevois


Alors que l’extension du tramway vers Saint-Genis-Pouilly disparaît des priorités, la réflexion sur l’avenir des transports lourds dans le Grand Genève se poursuit. Elle aboutit progressivement à l’émergence du projet Jura‑Léman‑Salève.


La réflexion débute dans la seconde moitié des années 2010. Après la mise en service du Léman Express en 2019, les autorités genevoises constatent que la croissance démographique et l’augmentation des déplacements transfrontaliers risquent de saturer à moyen terme les infrastructures existantes, qu’il s’agisse du réseau ferroviaire régional ou du réseau de tramways.


Dans ce contexte, plusieurs études explorent la possibilité de créer une nouvelle liaison ferroviaire structurante, largement souterraine, capable de traverser l’agglomération genevoise d’ouest en est.


En 2023, le Grand Conseil du canton de Genève vote un crédit d’étude destiné à analyser plus en détail la faisabilité de cette nouvelle ligne. L’idée est de créer un réseau comparable à un métro régional capable d’absorber une part importante des flux de déplacements quotidiens.


En 2025, les premiers tracés envisagés apparaissent. La ligne pourrait relier le Pays de Gex et le secteur du CERN à l’aéroport de Genève, traverser ensuite le centre de l’agglomération, potentiellement sous le lac, avant de rejoindre les zones urbaines du sud du canton et les territoires français voisins.


Projet Jura-Léman-Salève entre l'Ain et la Haute-Savoie en traversant le canton de Genève. Illustration Département de la Santé et des Mobilités (DSM) de Genève.
Projet Jura-Léman-Salève entre l'Ain et la Haute-Savoie en traversant le canton de Genève. Illustration Département de la Santé et des Mobilités (DSM) de Genève.

Si le projet se concrétise, la première mise en service pourrait intervenir autour de 2040. La réalisation complète de la ligne dépendra toutefois de nombreux facteurs, notamment des décisions politiques, du financement et de l’acceptation du projet par la population genevoise.


Rame Stadler EMU 115 aux couleurs du Léman Express assurant le service M1 de Saint-Genis-Pouilly à Neydens. Illustration LEX 2050.
Rame Stadler EMU 115 aux couleurs du Léman Express assurant le service M1 de Saint-Genis-Pouilly à Neydens. Illustration LEX 2050.

Annemasse : un exemple de complémentarité


La question de la coexistence de plusieurs infrastructures lourdes dans une même agglomération n’est pas nouvelle dans le Grand Genève. L’exemple d’Annemasse en fournit une illustration intéressante.


La ville dispose aujourd’hui de deux infrastructures majeures : le Léman Express, qui relie Annemasse au réseau ferroviaire régional, et la Ligne 17 du tramway de Genève, qui assure une liaison directe avec le centre de Genève.


Ces deux réseaux ne remplissent pourtant pas la même fonction. Le Léman Express agit comme un RER régional reliant plusieurs territoires de la région lémanique, tandis que le tramway assure une desserte urbaine plus fine, avec des arrêts rapprochés et des déplacements plus courts à l’intérieur de l’agglomération.


Autrement dit, les deux infrastructures ne sont pas concurrentes : elles sont complémentaires.


Conclusion


La réalisation éventuelle du Jura‑Léman‑Salève ne signifie donc pas nécessairement que le tramway 18 aurait été inutile. Comme le montre l’exemple d’Annemasse, plusieurs modes de transport lourds peuvent coexister dans une même agglomération et répondre à des besoins différents.


Cependant, la comparaison trouve rapidement ses limites. Les bassins de population, les densités urbaines et les flux de déplacement ne sont pas les mêmes entre Annemasse et le Pays de Gex.


Dans ce contexte, le projet Jura-Léman-Salève pourrait devenir la principale infrastructure structurante pour le nord-ouest du Grand Genève, là où le prolongement du tramway 18 n’a finalement jamais dépassé le stade des intentions.


Tramway 18 des Transports Publics Genevois (TPG) circulant à Saint-Genis-Pouilly en direction du centre commercial Open au sein de la zone mixte de l'Allondon. Illustration LEX 2050.
Tramway 18 des Transports Publics Genevois (TPG) circulant à Saint-Genis-Pouilly en direction du centre commercial Open au sein de la zone mixte de l'Allondon. Illustration LEX 2050.






 
 
 

Commentaires


bottom of page