Les Suisses ont parlé : il est temps de voir plus grand pour le rail suisse
- il y a 2 jours
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Selon un sondage représentatif réalisé par Sotomo pour AXA et relayé par 24 heures, 62 % des quelque 1 800 personnes interrogées souhaitent des investissements importants ou très importants dans les infrastructures ferroviaires, tandis que 57 % soutiennent également un renforcement des transports publics locaux. À l'inverse, seuls 38 % réclament des investissements massifs dans les routes nationales. Plus révélateur encore, 64 % des sondés se disent favorables au maintien de la part de TVA alimentant le Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF).
Ces résultats traduisent une attente claire : les Suisses sont conscients que notre réseau ferroviaire est arrivé à un tournant. Ils souhaitent non seulement préserver l'excellence du système actuel, mais aussi investir dans les infrastructures qui permettront d'accompagner la croissance démographique et économique du pays.
Ce message est d'autant plus fort qu'il intervient après le rejet de l'initiative de l'UDC « Non à une Suisse à 10 millions d'habitants ». Les citoyens n'ont pas nié les défis liés à l'augmentation de la population. Ils ont au contraire exprimé une autre priorité : plutôt que de freiner la croissance, ils souhaitent que la Suisse se dote enfin des infrastructures nécessaires pour y faire face.
Depuis son introduction, le Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF) a démontré toute son efficacité. Grâce à lui, le réseau est entretenu, modernisé et développé de manière continue. Mais force est de constater qu'il atteint aujourd'hui ses limites lorsqu'il s'agit de planifier et de financer de nouvelles infrastructures majeures. Les grands projets structurants nécessitent des moyens financiers, une gouvernance et une vision qui dépassent le cadre actuel du FIF.
La nouvelle ligne Genève–Lausanne en est l'exemple parfait. Ce projet est indispensable, mais il ne doit pas être pensé comme une simple amélioration régionale. Il constitue l'occasion de changer d'échelle.
Pourquoi ne pas imaginer une nouvelle ligne Lyon – Genève – Lausanne – Berne – Zurich – Munich ?

Une telle infrastructure connecterait directement la Suisse aux réseaux à grande vitesse français et allemands, renforçant ainsi son intégration au cœur des grands corridors européens. Elle offrirait également une redondance indispensable sur l'axe stratégique Genève–Lausanne–Berne, aujourd'hui fortement sollicité. En cas de saturation ou d'incident, le réseau gagnerait considérablement en robustesse et en résilience.
Au-delà de ses bénéfices techniques, ce projet aurait une portée nationale. Il relierait les principales régions du Plateau suisse et constituerait un véritable projet fédérateur entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Comme les grandes infrastructures qui ont façonné notre pays, il dépasserait les intérêts régionaux pour servir une vision commune de la mobilité, de la cohésion nationale et de la compétitivité économique.
Une ambition de cette ampleur ne pourra cependant pas être financée par le seul FIF. Il serait pertinent de s'inspirer du modèle qui a permis la réalisation des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA) et du tunnel de base du Gothard : un financement exceptionnel, dédié, inscrit dans la durée et bénéficiant d'une forte légitimité démocratique. Les investissements consentis pour les NLFA ont démontré qu'une vision ambitieuse, lorsqu'elle est portée collectivement, produit des bénéfices pendant plusieurs générations.
La Suisse a toujours su réaliser des ouvrages d'infrastructure parmi les plus remarquables au monde lorsqu'elle s'est donné les moyens de ses ambitions. Aujourd'hui, le défi n'est plus seulement de maintenir un excellent réseau ferroviaire ; il est de préparer celui des cinquante prochaines années.
Les Suisses ont exprimé leur volonté d'investir davantage dans le rail. À nous, désormais, de transformer cette volonté en une vision d'avenir. La nouvelle ligne Genève–Lausanne ne doit pas être une fin en soi. Elle peut devenir le premier maillon d'un grand corridor européen reliant Lyon à Munich, irriguant tout le Plateau suisse et offrant à notre pays l'infrastructure qu'il mérite pour le XXIᵉ siècle.
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