Transports '45 : entre confirmations tardives et manques de courage politique
- 10 févr.
- 3 min de lecture
Le plan fédéral des transports à l’horizon 2045 contient quelques signaux positifs pour Genève et l’arc lémanique. Mais à y regarder de plus près, il met surtout en lumière un problème récurrent : l’absence de décisions réellement structurantes pour la deuxième région la plus dynamique de Suisse. Dans un contexte de saturation avancée des réseaux, les annonces actuelles relèvent davantage de la gestion du minimum que d’une véritable stratégie d’avenir.
Tramways : des projets nécessaires, mais loin d’être suffisants
La mise en avant de trois projets de tramway soutenus, tels qu’illustrés dans la vision LEX 2050, mérite d’être relevée :
la grande ceinture,
la petite ceinture,
le prolongement du tram jusqu’à Onex.
Ces projets renforceront utilement la mobilité locale et amélioreront la desserte de secteurs aujourd’hui sous-équipés. Ils vont dans le bon sens, mais il faut le dire clairement : pour une agglomération comme Genève, ces tramways constituent le strict minimum. Ils ne sauraient remplacer des infrastructures lourdes capables d’absorber des flux régionaux et interurbains massifs.

Gare souterraine de Genève : un soutien réaffirmé, mais aucune avancée réelle
Le rapport confirme le soutien à la gare souterraine de Genève. C’est une bonne nouvelle en apparence, et il est légitime de se réjouir de voir ce projet réaffirmé.
Mais il faut aussi être honnête : ce soutien existait déjà avant ce rapport. La gare souterraine avait été validée comme principe, et son importance stratégique est connue de longue date. En ce sens, il n’y a aucune avancée nouvelle, aucun calendrier accéléré, aucune décision supplémentaire.
La répétition d’un engagement ne saurait être confondue avec un progrès. Or, face à l’urgence de la situation, Genève n’a pas besoin de confirmations symboliques, mais de décisions opérationnelles.

Métro JLS : un projet qui avance, sans garantie fédérale
Le dossier du métro JLS connaît, lui, une évolution plus tangible. Le projet progresse sur le plan conceptuel et technique, ce qui constitue un signal encourageant.
Cependant, aucune garantie de financement de la Confédération n’existe à ce stade. Cette absence est problématique. Un métro n’est pas un projet local ordinaire : c’est une infrastructure lourde, structurante, qui dépasse largement les capacités financières d’un seul canton.
La comparaison avec Zurich est ici incontournable. En son temps, la métropole zurichoise a bénéficié d’un soutien massif et déterminant de la Confédération pour développer ses infrastructures de transport lourd. Il est donc indispensable que le même principe d’équité de traitement s’applique à Genève. À défaut, le discours sur l’égalité entre régions reste purement théorique.

Ligne Genève–Lausanne : un scandale stratégique
Le report à 2031 des études sur la ligne ferroviaire Genève–Lausanne demeure le point le plus choquant de ce plan. Il ne s’agit pas d’un simple retard technique, mais bien d’un scandale stratégique.
L’arc lémanique est la deuxième région la plus dynamique de Suisse, moteur économique, pôle d’innovation et bassin d’emplois majeur. Pourtant, il souffre d’un retard considérable en matière d’infrastructures ferroviaires, accumulé depuis trop longtemps.
La ligne Genève–Lausanne est déjà saturée, vulnérable au moindre incident et dépourvue de véritable alternative. La question de la redondance n’est plus optionnelle : elle est essentielle pour la fiabilité du réseau, la résilience du système ferroviaire et la sécurité de l’économie régionale.

Téléchargez l'étude : Lien
Pour un changement d’échelle dans la planification
Ce que révèle ce rapport, c’est avant tout un manque d’ambition à la hauteur des enjeux. L’arc lémanique ne peut plus se contenter d’ajustements marginaux.
Un véritable sursaut est nécessaire, avec notamment :
la création d’un nouvel axe ferroviaire est–ouest à haute capacité,
des engagements fermes pour le métro genevois, avec un soutien fédéral clair,
une accélération immédiate sur la ligne Genève–Lausanne,
et des initiatives fortes pour le trafic ferroviaire transfrontalier, en cohérence avec la réalité quotidienne des déplacements.
La Suisse a su investir massivement là où elle estimait l’enjeu stratégique. Il est temps que l’arc lémanique bénéficie du même niveau de considération.




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