top of page
Rechercher

Votation genevoise : un nouveau modèle de financement pour les mobilités transfrontalières ?

28 sept.
6 min de lecture

Ce dimanche 27 septembre 2026, les Genevoises et Genevois ont accepté à près de 57 % le crédit de 39,5 millions de francs destiné au cofinancement d’infrastructures transfrontalières situées en France. Au-delà des projets qui vont désormais pouvoir se réaliser, ce vote pourrait marquer un tournant dans la manière de financer les mobilités du Grand Genève. Pour LEX 2050, il ouvre notamment une réflexion importante concernant les futurs projets ferroviaires dans l’Ain : ligne des Carpates, prolongement vers Culoz et réouverture de la ligne du Piémont du Jura.

 

Un « oui » qui dépasse largement les 39,5 millions de francs


Pierre Maudet, conseiller d’État en charge de la santé et des mobilités, et Nicolas Walder, conseiller d’État en charge du territoire, ont œuvré pour que la raison l’emporte sur l’émotion, avec un franc succès !Photo : Tribune de Genève.
Pierre Maudet, conseiller d’État en charge de la santé et des mobilités, et Nicolas Walder, conseiller d’État en charge du territoire, ont œuvré pour que la raison l’emporte sur l’émotion, avec un franc succès !Photo : Tribune de Genève.

 

Les Genevois ont donc dit oui.

 

Lors de la votation cantonale du 27 septembre, près de 57 % des votants ont accepté le crédit de 39,5 millions de francs destiné à accélérer la réalisation de projets transfrontaliers structurants en matière de mobilité, mais également d’environnement et de santé.

 

Ce résultat est particulièrement significatif. Douze ans auparavant, en 2014, les Genevois avaient refusé de participer au financement de parkings-relais situés en France voisine.

 

En 2026, le principe selon lequel Genève peut investir de l’argent public de l’autre côté de la frontière lorsqu'un projet bénéficie directement à son territoire est donc clairement accepté par la population.

 

Le crédit genevois permettra surtout de débloquer un programme d'investissements beaucoup plus important : près de 182 millions de francs, dont environ 98,5 millions apportés par les partenaires français et 44,7 millions par la Confédération suisse. La participation genevoise est plafonnée à 39,5 millions et ne pourra pas représenter plus de 50 % du coût d'un projet.

 

Que va-t-il concrètement se réaliser ?

 

Les projets retenus ont un objectif commun : agir sur les déplacements avant qu'ils atteignent la frontière genevoise.

 

Le programme comprend notamment des parkings-relais, des voies réservées aux transports publics, des bus à haut niveau de service et différentes plateformes de mobilité.

 

Dans le Pays de Gex, il permettra notamment d'accompagner le développement du BHNS vers Saint-Genis-Pouilly et des infrastructures liées au prolongement du tram jusqu'à Ferney-Voltaire.

 

En Haute-Savoie sont notamment concernés les axes de Saint-Julien/Neydens, Bonne/Annemasse et de la RD1005, ainsi que différents P+R.

 

Selon les autorités genevoises, l'ensemble des mesures doit contribuer à diminuer d'environ 15 000 véhicules par jour le trafic franchissant les frontières du canton.

 

Mais pour LEX 2050, la principale conséquence du vote du 27 septembre se situe peut-être ailleurs.

 

Un précédent politique majeur

 

Le crédit voté aujourd'hui est affecté à des projets précisément identifiés. Les 39,5 millions de francs ne constituent donc pas une nouvelle caisse dans laquelle pourraient immédiatement venir puiser d'autres projets.

 

Il serait par conséquent incorrect d'affirmer que la votation finance la ligne des Carpates, Culoz ou le Piémont du Jura.

 

En revanche, elle valide démocratiquement un principe particulièrement important :

 

une infrastructure située en France peut légitimement être cofinancée par Genève lorsqu'elle apporte un bénéfice mesurable au fonctionnement du Grand Genève.

 

C'est précisément la philosophie du protocole conclu en novembre 2025 entre Genève et ses partenaires français : soutenir des infrastructures transfrontalières structurantes bénéficiant à l'ensemble du bassin de vie.

 

Et cette évolution pourrait devenir particulièrement intéressante pour le ferroviaire.

 

La ligne des Carpates : un candidat naturel pour un prochain programme ?

 

LEX 2050 a fait réaliser par Citec Ingénieurs Conseils et Artelia une étude sur le prolongement du Léman Express au-delà de Valserhône.

 

L'un des scénarios étudiés concerne la ligne des Carpates, entre Valserhône et Nurieux-Volognat.

 

L'étude conclut à la possibilité de mettre en place une desserte régionale à la cadence horaire, permettant de relier directement Genève, La Plaine, Pougny-Chancy, Valserhône, Saint-Germain-de-Joux, Charix-Lalleyriat, Nantua, Brion et Nurieux-Volognat.

 

Les travaux d'infrastructure nécessaires ont été évalués à environ 30 millions d'euros, hors acquisition du matériel roulant.

 

Le montant est intéressant lorsqu'on le compare aux quelque 182 millions de francs mobilisés par le programme transfrontalier accepté aujourd'hui.

 

Surtout, la logique territoriale est similaire : intercepter une partie des déplacements automobiles en amont de Genève et proposer une alternative performante vers le cœur de l'agglomération.

 

La question pourrait donc être posée à l'avenir : pourquoi un prochain accord de financement transfrontalier ne pourrait-il pas intégrer des aménagements ferroviaires permettant au Léman Express de desservir directement le Haut-Bugey ?


La gare de Nantua pourrait à terme comprendre une desserte horaire en direction de Genève, avec des correspondances à Valserhône en direction d'Annemasse, Evian-les-Bains, Grenoble, Lyon et Valence. En direction de Nurieux-Volognat des correspondances seraient assurées en direction de Bourg-en-Bresse, Paris et Oyonnax. Illustration LEX 2050.
La gare de Nantua pourrait à terme comprendre une desserte horaire en direction de Genève, avec des correspondances à Valserhône en direction d'Annemasse, Evian-les-Bains, Grenoble, Lyon et Valence. En direction de Nurieux-Volognat des correspondances seraient assurées en direction de Bourg-en-Bresse, Paris et Oyonnax. Illustration LEX 2050.

 

Culoz : compléter l'autre branche de la RL6

 

La même réflexion concerne le prolongement de la ligne RL6 de Valserhône vers Culoz.

 

L'étude commandée par LEX 2050 conclut également à la possibilité d'une desserte à la cadence horaire, en complément des circulations ferroviaires existantes.

 

Les investissements nécessaires seraient même plus faibles que pour la ligne des Carpates.

 

Un tel prolongement permettrait de transformer progressivement l'actuelle RL6 en véritable axe régional, en connectant davantage le bassin genevois aux territoires situés à l'ouest de Valserhône.

 

Là encore, la question du financement doit être abordée à l'échelle du bassin de mobilité plutôt qu'en fonction de la seule localisation géographique des travaux.

 

Si quelques millions investis sur une infrastructure située dans l'Ain permettent d'offrir une liaison ferroviaire directe avec Genève et de retirer des voitures des axes routiers menant vers le canton, le bénéfice n'est pas exclusivement français : il est transfrontalier.


La gare de Culoz deviendrait la tête de ligne occidentale du réseau Léman Express. un service horaire, cadencé, permettrait d'accroitre le report modal. Les TER de la région Auvergne-Rhône-Alpes pourraient marquer uniquement les arrêts de Valserhône et Culoz, optimisant ainsi leur temps de parcours. Illustration LEX 2050.
La gare de Culoz deviendrait la tête de ligne occidentale du réseau Léman Express. un service horaire, cadencé, permettrait d'accroitre le report modal. Les TER de la région Auvergne-Rhône-Alpes pourraient marquer uniquement les arrêts de Valserhône et Culoz, optimisant ainsi leur temps de parcours. Illustration LEX 2050.

 

Et demain, le Piémont du Jura ?

 

À plus long terme, le vote du 27 septembre prend encore davantage de sens lorsqu'on considère la ligne du Piémont du Jura entre Fort-l'Écluse–Collonges, Saint-Jean-de-Gonville, Thoiry, Gex, Divonne-les-Bains et Nyon.

 

LEX 2050 travaille actuellement sur une nouvelle étude professionnelle concernant sa réouverture et son raccordement au futur système ferroviaire Jura–Léman–Salève.

 

L'enjeu est considérable.

 

Le Pays de Gex compte aujourd'hui environ 110 000 habitants et pourrait approcher les 150 000 habitants à l'horizon 2050. Pourtant, près de 85 % des déplacements y sont encore réalisés en véhicules motorisés individuels.

 

La ligne du Piémont pourrait constituer à terme une véritable colonne vertébrale ferroviaire du territoire.

 

LEX 2050 défend notamment son raccordement à la future Jura–Léman–Salève à Saint-Genis-Pouilly, permettant aux trains de rejoindre directement Genève, ainsi qu'une connexion au nord vers Divonne-les-Bains et Nyon.

 

On obtiendrait alors un véritable réseau transfrontalier reliant :

 

Valserhône – Pays de Gex – Genève – Annemasse, mais également Valserhône – Pays de Gex – Divonne – Nyon.

 

La réouverture pourrait être réalisée progressivement, en profitant notamment des besoins ferroviaires susceptibles d'être générés par les futurs travaux du CERN.


La ligne du piémont du Jura, raccordée à la Jura-Léman-Salève, ici à Sergy - Saint-Genis-Pouilly, offrirait un véritable réseau à l'échelle du Grand Genève. Illustration LEX 2050.
La ligne du piémont du Jura, raccordée à la Jura-Léman-Salève, ici à Sergy - Saint-Genis-Pouilly, offrirait un véritable réseau à l'échelle du Grand Genève. Illustration LEX 2050.

 

France, Genève et Confédération : changer d'échelle

 

Le résultat de ce dimanche montre surtout qu'il devient possible d'imaginer autrement le financement de ces infrastructures.

 

Les grands projets ferroviaires transfrontaliers ne devront évidemment pas être financés par Genève seule.

 

Ils pourraient demain faire l'objet de montages associant plusieurs partenaires :

 

  • l'État français et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, compétents en matière ferroviaire ;

  • les collectivités territoriales françaises, lorsqu'elles sont directement concernées ;

  • le canton de Genève, lorsque l'infrastructure produit un bénéfice démontré pour son territoire ;

  • et la Confédération suisse, notamment lorsque les mesures peuvent entrer dans la logique des projets d'agglomération.

 

Le programme accepté ce 27 septembre démontre précisément la puissance de cette approche : 39,5 millions de francs genevois permettent de participer à la mobilisation de près de 182 millions de francs d'investissements.

 

Ne plus arrêter la planification à la frontière

 

C'est finalement peut-être le principal enseignement de cette votation.

 

Pendant des décennies, la frontière nationale a également constitué une frontière dans la manière de penser et de financer les infrastructures.

 

Or les déplacements quotidiens, eux, ne connaissent pas cette frontière.

 

Un habitant de Nantua, de Bellegarde, de Thoiry, de Gex ou de Divonne qui travaille à Genève appartient au même bassin de mobilité qu'un habitant de Meyrin, de Bernex ou de Versoix.

 

Le vote du 27 septembre ne finance pas encore les projets ferroviaires défendus par LEX 2050.

 

Mais il ouvre une porte.

 

Après les bus, les P+R, les voies réservées et les tramways, la prochaine étape pourrait être de réfléchir au financement commun des infrastructures ferroviaires qui structurent réellement le Grand Genève.

 

La ligne des Carpates, le prolongement vers Culoz et, à plus long terme, la réouverture du Piémont du Jura doivent désormais pouvoir entrer dans cette réflexion.

 

Car la bonne question n'est peut-être plus :

 

« Pourquoi Genève financerait-elle une infrastructure située en France ? »

 

Mais plutôt :

 

« Combien devons-nous investir ensemble dans une infrastructure qui améliore durablement les mobilités de tout le Grand Genève ? »

 

Pour LEX 2050, le résultat du 27 septembre constitue ainsi moins un aboutissement qu'un premier jalon vers une véritable politique transfrontalière des mobilités, pensée, planifiée et financée à l'échelle du bassin de vie.

 
 
 

Commentaires


bottom of page